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Protection

Mauvais œil : d’où vient cette croyance et comment s’en protéger sans peur

Par Professeur Walid 8 min de lecture

Gravure ancienne d'un œil rayonnant inscrit dans un triangle

Vous veniez de signer pour l’appartement et vous l’aviez annoncé au déjeuner du dimanche, devant toute la famille. Dans la semaine, la voiture a été rayée sur le parking, votre fils a attrapé une otite, et une dispute a éclaté avec votre sœur pour une broutille. Au téléphone, votre mère soupire : « Il ne fallait rien dire avant d’avoir les clés. On t’a mis l’œil. » Le mauvais œil compte parmi les croyances les plus anciennes et les plus répandues qui soient, et il gagne à être compris plutôt que redouté. Voici d’où il vient, ce qu’il dit de l’envie, comment chaque culture s’en protège, et la manière dont je reçois ceux qui s’en croient la cible.

L’essentiel en bref

  • Le mauvais œil est une croyance très ancienne, partagée de la Méditerranée au Sahel, qui exprime avant tout la crainte de l’envie.
  • Œil bleu, main de Fatma, prières : chaque culture a ses protections ; on peut garder ces objets si l’on y tient, sans renoncer à la vigilance ordinaire.
  • Contrairement à l’envoûtement, le mauvais œil ne suppose ni rituel ni intention : inutile de chercher un coupable dans son entourage.
  • Avant de parler de mauvais œil, on regarde la fatigue, la santé et les tensions du moment ; une lecture ne vient qu’ensuite.
  • Prière selon sa foi, purification simple et distance avec les relations qui minent valent mieux qu’un rituel coûteux ; l’angoisse qui s’installe se confie à un médecin.

Une croyance très ancienne, de la Méditerranée au Sahel

Il y a plus de deux mille ans, un berger de Virgile, penché sur des agneaux qui n’avaient plus que la peau sur les os, ne leur trouvait qu’une explication :

Je ne sais quel œil ensorcelle mes tendres agneaux.

Virgile, Bucoliques, III

Le latin disait fascinare, d’où nous vient « fascination ». Aujourd’hui encore, presque toutes les langues du pourtour méditerranéen ont un mot pour ce regard qui porte tort : malocchio en italien, mal de ojo en espagnol, mati en grec, nazar en turc, ayin hara en hébreu, al-ʿayn, « l’œil », en arabe. En Corse, la signadora fait tomber quelques gouttes d’huile dans une assiette d’eau pour y lire l’ochju, puis récite une prière qui, dit-on, ne se transmet que la nuit de Noël.

On retrouve la même crainte au Maghreb, au Proche-Orient et jusqu’en Afrique de l’Ouest, où bien des familles se méfient autant de la parole que du regard : l’éloge trop appuyé d’un nouveau-né ou d’une réussite y inquiète plus qu’il ne flatte.

Mauvais œil et jalousie : ce que la croyance exprime

Le mot « envie » vient du latin invidia, formé sur invidere : regarder de travers, poser sur quelqu’un un regard hostile. Toute la croyance tient dans cette étymologie. Le mauvais œil, c’est la jalousie qui passe par les yeux, celle de la voisine qui détaille vos courses ou du collègue qui ne vous pardonne pas votre promotion. On la redoute d’autant plus qu’elle reste muette et vise ce qui se voit : la beauté d’un enfant, une robe de mariée, un ventre rond.

Le compliment qui inquiète

D’où ce paradoxe : c’est l’éloge qui alarme, bien plus que l’insulte. Dans le monde musulman, on dit machallah, « ce que Dieu a voulu », en admirant un bébé ; en Grèce, on fait mine de cracher, « ftou ftou », après un compliment ; des familles juives glissent « sans mauvais œil » dans une bonne nouvelle, et l’on touche du bois en France. Ces formules n’accusent personne : elles adoucissent une admiration qui pourrait se teinter de convoitise.

Un nom pour le malheur qui tombe mal

La croyance donne aussi un nom au malheur qui frappe juste après la joie : faute de savoir pourquoi ses bêtes dépérissaient, le berger de Virgile accusait un œil. Elle enseigne enfin une forme de modestie, celle qui retient d’étaler sa chance. Les réseaux sociaux ont donné à ce vieux souci une ampleur nouvelle, et le petit œil bleu s’affiche désormais en émoticône sous les photos de nourrissons.

Œil bleu, main de Fatma, prières : les protections d’une culture à l’autre

Partout où l’on craint le mauvais œil, on a imaginé de quoi le détourner. Voici les repères les plus courants.

  • L’œil bleu, nazar en Turquie, mati en Grèce : une perle de verre aux cercles bleus et blancs, suspendue dans l’entrée ou portée en bijou, censée recevoir le regard envieux à votre place. On dit qu’elle se fend quand elle en a arrêté un de trop.
  • La main de Fatma, ou khamsa, « cinq » en arabe : une paume ouverte, souvent ornée d’un œil, très présente au Maghreb et au Proche-Orient ; les familles juives séfarades l’appellent main de Myriam.
  • La corne rouge des Napolitains, le cornicello, et le bracelet de jais que l’on passe au poignet des bébés en Espagne et en Amérique latine.
  • La protection écrite d’Afrique de l’Ouest : un verset tracé à l’encre par un lettré, plié puis cousu dans un petit étui de cuir ; en français, on parle de gris-gris.

Des paroles avant les objets

Les protections les plus répandues sont des prières. Dans la tradition islamique, l’œil envieux est évoqué dans les textes, et l’avant-dernière sourate du Coran, al-Falaq, s’achève sur une demande de protection « contre le mal de l’envieux quand il envie » ; beaucoup la récitent avec la dernière pour se placer sous la garde de Dieu. Les chrétiens d’Orient ont leurs oraisons, et chaque tradition ses formules. Je ne vous demanderai jamais d’emprunter une foi qui n’est pas la vôtre : la prière qui vous fera du bien est celle que vous pouvez dire sincèrement.

Mauvais œil ou envoûtement : deux craintes à ne pas confondre

Mauvais œil et envoûtement sont souvent confondus, à tort. L’envoûtement suppose une intention et un acte : quelqu’un aurait fait faire, ou fait lui-même, un « travail » contre vous. Le mauvais œil, dans la plupart des traditions, se passe de rituel comme de volonté : il naît d’une admiration mêlée d’envie et peut venir d’une personne qui vous aime, sans qu’elle s’en doute. C’est pourquoi, dans bien des cultures, une mère bénit son propre enfant quand elle le trouve beau.

Conséquence pratique : nul besoin de chercher un coupable, encore moins de soupçonner votre belle-mère ou votre meilleure amie. Vous ne trouverez pas ici de liste des symptômes du mauvais œil, car une telle liste finirait par ressembler à n’importe quelle semaine difficile. Si c’est un envoûtement que vous redoutez, j’ai détaillé ailleurs les signes qui méritent attention et ceux qui ne prouvent rien.

Vous pensez être victime du mauvais œil : comment je vous reçois

Quand quelqu’un me dit « je crois qu’on m’a mis l’œil », au cabinet ou au téléphone, je ne commence ni par acquiescer ni par sourire. Je demande le récit, dans l’ordre, et surtout ce qui l’a précédé. Bien souvent, il y a eu une joie rendue publique, une naissance, un mariage, un nouveau poste, puis des contrariétés que l’entourage a reliées entre elles.

Faire la part des explications ordinaires

Les grands bonheurs fatiguent, eux aussi. Un déménagement épuise, un bébé passé de bras en bras tout l’après-midi peine à s’endormir, un nouveau poste apporte sa pression et ses rivalités. Et dès que le mot est lâché, on se met à tout compter : la tasse cassée, le bus manqué, la migraine, qu’une semaine ordinaire aurait fait oublier. Nous passons donc en revue votre sommeil, votre santé et vos relations du moment.

Lire, puis parler franchement

Si un malaise demeure ensuite, une séance de voyance avec les cauris aide à nommer ce qui vous encombre : parfois une amitié devenue lourde, parfois un deuil mal refermé, parfois rien qui mérite la moindre inquiétude, et je vous le dis tel quel. Lorsqu’une jalousie insistante semble vraiment peser sur vous, je vous propose une protection spirituelle sobre, dont le déroulé et le tarif sont annoncés avant que vous décidiez. Pas de « travail » coûteux pour « enlever » le mauvais œil, pas de rituels qui s’empilent, et je ne retourne le mal contre personne.

Ce qui abîme le plus sûrement, ce n’est pas le regard des autres : c’est la peur qu’on en garde.

Se protéger du mauvais œil au quotidien, avec des gestes sobres

Voici les gestes que je conseille le plus souvent, proportionnés et gratuits pour la plupart.

  • Prier selon votre propre tradition. Une sourate, un psaume, un Notre Père, une bénédiction apprise enfant, ou quelques minutes de silence si vous ne priez pas : ce court rendez-vous, matin ou soir, apaise et recentre.
  • Purifier simplement votre logement. Aérer, désencombrer l’entrée, laver le seuil à l’eau salée : vous pouvez purifier votre maison par vous-même, en une matinée, ou me demander une purification plus approfondie.
  • Tenir à distance une relation qui vous mine. Le regard envieux le plus concret, c’est parfois l’amie qui accueille chacune de vos joies par une remarque aigre. Sans rompre ni accuser, voyez-la moins, confiez-lui moins, et entourez-vous de gens qui se réjouissent pour vous.
  • Annoncer ce qui est fait, pas ce qui se prépare, comme le conseillent les grands-mères : sans vivre caché, gardez pour quelques proches le contrat pas encore signé.

Si vous souhaitez un regard extérieur, je vous reçois dans mon cabinet du Kremlin-Bicêtre, qui jouxte Paris, et des rendez-vous sont possibles à Limoges ; depuis toute autre ville, nous pouvons échanger à distance. Décrivez-moi votre situation en quelques phrases grâce au formulaire : je vous dirai ce qu’un rendez-vous pourrait vous apporter, ou s’il vaut mieux vous en passer.

Questions fréquentes

Le mauvais œil existe-t-il vraiment ?

Je ne vous demande ni d’y croire ni d’en rire. L’envie, elle, existe, et chacun a déjà senti peser un regard jaloux. La crainte du mauvais œil a aussi des effets bien réels : on dort moins bien, on se méfie de ses proches, on n’ose plus se réjouir à voix haute. C’est d’abord sur cette inquiétude que je travaille avec vous, sans jamais l’attiser.

Peut-on donner le mauvais œil sans le vouloir ?

Dans la plupart des traditions, oui : l’admiration peut se teinter d’envie à l’insu de celui qui regarde, d’où l’habitude de bénir ce que l’on complimente. C’est aussi une bonne raison de n’accuser personne : celui ou celle que vous avez en tête ne vous voulait sans doute aucun mal, et un soupçon peut abîmer une relation pour longtemps.

Faut-il payer quelqu’un pour enlever le mauvais œil ?

Pas nécessairement. Le plus souvent, on s’en remet d’abord à la prière et à des gestes simples, faits à la maison. Si l’inquiétude persiste, une consultation aide à y voir clair ; si une protection se justifie, elle reste sobre et son coût vous est annoncé d’avance. Fuyez ceux qui réclament des sommes croissantes, des coupons ou des « travaux » en série.

L’auteur

Professeur Walid

Marabout africain, voyant et guide spirituel, héritier de la tradition des marabouts d’Afrique de l’Ouest. Il consulte au Kremlin-Bicêtre, à Limoges et à distance. Découvrir son parcours

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